Je ne sais pas a quel moment j'ai commence a glisser. Mais il y a eu cette longue periode pendant laquelle je crois que j'arrivais a porter sur le monde un regard sans haine. Un regard humble, aussi. Je lisais Les sept plumes de l'aigle de Henri Gougaud, que R me pretait. Les arbres d'O prenaient vie, chaque brin d'herbe etait porteur d'une formidable energie, je venerais le Soleil et je dansais pieds nus sur les pierres.
Tout n'etait sans doute pas aussi ensoleille. Les racines de celui que je suis aujourd'hui etaient sans doute deja presentes. Nous avons tous en nous un peu de nos parents, et je suis loin de faire exception. Et surtout, je savais bien que ca ne collait pas. Je savais que l'arbre ne me parlait pas, que l'herbe n'etait pas heureuse de ma caresser la nuque, que le Soleil n'est qu'une grosse masse d'hydrogene et qu'aucune danse ne pourrait me convaincre du contraire.
Je le savais, mais j'avais un argument choc : puisque rien n'a de sens, puisqu'il n'y a comme verite que la matiere, a moi d'inventer le reste. Bien sur que les arbres ne parlent pas. Mais apres tout, ce n'est rien de plus que de la poesie. R ajoutait: "l'etalon de la verite absolue, c'est toi".
Globalement, ca marchait. Je crois que j'etais bien. Pas que tout etait parfait chaque jour, mais je crois que j'etais simplement positif. Je trouvais dans la nature et dans ma tete une certaine source d'inspiration, qui me permettait d'etre loin des petits problemes du quotidien. Je pardonnais a peu pres toute forme de violence ou d'incivilite.
Je ne sais pas exactement quand tout a change. Ca doit correspondre a peu pres au moment ou j'ai rencontre L. Avant L, j'etais amoureux de B. Avec B, nous partagions des idees tres semblables. Je crois que ca nous aidait a les entretenir. Mais tout cela, apres tout, n'a pas dure plus de 6 mois... L est arrivee, et je ne sais pas pourquoi, je pense qu'a peu pres a la meme periode, tout ca s'est envole... Les arbres ont cesse de parler. Oh, que jamais L n'y voie le moindre reproche. Ce n'est pas sa faute si j'ai emprunt ma vie de cynisme, car ce n'est pas sa faute si la vie est vide de sens.
Aujourd'hui, j'entretiens pour toutes choses une haine feroce et sans limite. Pour la moindre incivilite, je reclame la corde, pour les politiques, l'echafaud, pour tous les autres, le bucher. Mon leitmotiv ? "Cerne par les cons". Je les vois partout. Bien sur, il y a certaines exceptions. J'ai divise le monde en deux categories : les gens que j'aime et avec qui j'essaye d'etre correct un minimum, et les autres pour lesquels je n'ai aucun respect. La premiere categorie n'a cesse de se vider pour remplir la seconde.
Le con, c'est moi. Je l'ai compris samedi, quand K m'a dit "et alors, qu'est ce que ca change a ta vie que JS se presente aux cantonales ?". J'ai fait une tentative de reponse, mais a posteriori, je dois admettre qu'elle a raison : qu'est ce que ca peut me faire ? Est-ce que ca change quelque chose a ma vie ? Non. J'en souffre parce que tout m'enerve. Mais si je n'avais pas lu les journaux, ca n'aurait rien change a ma vie, sauf que je n'en aurai pas souffert. J'ai decide de ne plus lire les journaux. J'ai decide de vivre un peu plus pour moi, de me concentrer sur mon bonheur.
Je sais que ca ne sera pas si simple. Je ne sais pas vers quoi orienter mes idees. Les arbres ne parlent plus et ca n'a pas l'air de vouloir changer. En juillet dernier, a C, je suis sorti une nuit sous les etoiles et j'ai pleure de honte et de tristesse sur mon passe disparu, sur l'homme que j'etais devenu. Rien n'a change depuis.
Ce matin, je me suis enerve contre la fermeture eclair de mon nouveau blouson qui deraille. Le gros de mon probleme, je crois, est la : a la moindre petite contradiction, je me transforme en monstre avide de destructions. Je fais tout foirer pour rien. Il est tres probable que, si L avait ete la a ce moment la, j'aurais tout fait pour que nous nous disputions.
Que faire pour s'en sortir ? Que faire pour retrouver ma serenite, que faire pour vivre le monde sans haine ?
En parler ? Ce qui etait formidable avec L, c'est que nous parlions de tous, tres honnetement, sans nous mentir, et beaucoup plus dur, sans se mentir a soi-meme. En parler, oui, sans doute, avec L, avec mon oncle, hier soir, avec moi-meme, sur ce blog, avec Y... En esperant ne pas trop les barber...
Dormir ? Apres tout, peut-etre qu'un peu plus de sommeil m'aidera a retrouver une hygiene de vie plus propre a me sentir moins sensible au quotidien...
Epurer ma vie ? En finir avec les nouvelles du monde quand elles ne m'apportent rien de bon. Revenir a des relations plus sinceres avec mon entourage (il y a de grand progres a faire dans ce domaine).
Mon entourage tiens. En une seule journee, j'ai reussi a apprendre :
De la part de Y, que oui, il m'evite depuis quelques mois, pour le comportement que j'ai eu envers lui. Et il a bien raison, car j'ai ete un beau connard, et pas une seule fois. Et pourquoi ? J'ai contribue a du positif dans sa vie ? Non, j'ai ete un connard. Alors que jamais il n'a ete desagreable avec moi. Pourquoi ? Le con, y'a pas a dire, c'est moi.
De la part d'A, que ce serait bien que je lui temoigne un peu plus de respect... Il a sans doute raison. Parfois je prends un peu mes grands airs. Il n'y avait aucun mal, mais ca, c'est du moi tout crache : super sur de moi, je ne me pose aucune question et je ne me rends pas compte du mal que je peux faire.
Au fur et a mesure que j'ecris, les souvenirs remontent et une forte vague depressive se fait sentir. je me souviens des difficultes que j'ai eues a gerer avec mes amis a l'epoque du lycee, de la prepa et du debut de la fac. A cette epoque deja j'etais tres susceptible... Sans compter certains mauvais moments de l'epoque B...
mardi 26 février 2008
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